Brexit : un impact encore timide sur le marché de l'immobilier d'entreprise français

Brexit : un impact encore timide sur le marché de l'immobilier d'entreprise français

À six mois de la date de sortie officielle du Royaume Uni de l’Union européenne, Paris ne connait pas une véritable frénésie liée au Brexit. Et le marché londonien fait preuve, actuellement, d’une bonne résistance.

Immobilier d'entreprise : une accélération des prises de décision à Londres

Plus de 2 ans après le référendum de juin 2016, le « Brexodus » n’a pas eu lieu et selon l’étude réalisée par Knight Frank, « rien ne permet pour l’instant d’affirmer qu’il se produira ni qu’il impactera négativement le marché de l’immobilier d’entreprise londonien ». Cependant, le rythme des mouvements liés au Brexit s’accélère. En effet, la perspective d’un « hard Brexit » ou d’un « no deal » et la perte du passeport financier les obligent à prendre leurs dispositions pour parer à toute éventualité. Depuis le début de l’année, 200 projets de relocalisation ou de création ont été annoncés depuis le début de l’année dont 84 depuis le début du second trimestre. Un chiffre supérieur à celui enregistré sur l’ensemble de 2017.

Bon à savoir

Le passeport financier permet à une entreprise de vendre ses produits et services à travers toute l’Union Européenne et dans les pays qui lui sont associés au sein de l’Espace Economique Européen (EEE). Seules les entreprises basées dans l’EEE ont droit au passeport.

Quelles entreprises sont visées par le Brexit ?

« Effet passeport » oblige, la finance représente la majorité du nombre de mouvements recensés, soit environ 70 %. La finance traditionnelle n’est pas la seule concernée : les start-up de la finance, la Fintech sont également impactées. Leur enjeu n’est pas seulement de bénéficier d’un environnement règlementaire et fiscal favorable, mais aussi de pouvoir continuer à attirer des talents. Les assurances représentent 20 % des mouvements. Les avocats et le secteur du conseil représentent 6 % du nombre total des projets.

Bon à savoir

Le profond mouvement de restructuration dans lesquelles sont engagées les banques depuis la chute de Lehman Brothers et la crise de la dette souveraine en Europe n'a rien à voir avec le Brexit. Tout comme celui de la révolution digitale dont l'impact sur les emplois pourrait être de grande ampleur.

Paris dans le trio de tête du Brexodus

Dublin, Luxembourg, Paris, Francfort et Amsterdam sont les cinq villes ayant accueilli ou étant susceptibles d’accueillir le plus de créations ou de relocalisations d’emplois liées au Brexit. Elles concentrent à elles seules 78 % du nombre total de projets recensés. En effet, les entreprises privilégient un nombre limité de places européennes, choisies pour la puissance de leur place financière (Paris, Francfort), un cadre règlementaire et fiscal particulièrement attractif (Luxembourg, Dublin, Amsterdam), une expertise reconnue dans certains types d’activités comme la gestion de fonds (Luxembourg, Dublin), leur proximité culturelle avec le Royaume-Uni. Paris reste bien placée même si 25 projets, soit seulement 12 % des mouvements européens, sont recensés. Mais la capitale joue la carte de 2 500 à 2 800 nouveaux emplois, un chiffre nettement supérieur à ceux avancés par Dublin et Luxembourg.

Paris s’est affirmée très tôt comme une destination de choix pour les emplois susceptibles d’être relocalisés ou créés en raison du Brexit. Son statut de ville monde, sa proximité géographique avec Londres, l’importance de son secteur financier et l’amélioration récente de l’image de la France auprès des milieux d’affaires internationaux ont joué en faveur de la capitale française »

David Bourla, directeur Etudes et Recherche de Knight Frank France.

Londres fait de la résistance

Comme à Paris, les « Techs » et le coworking jouent un rôle de plus en plus important sur le marché londonien et leur dynamisme a largement compensé les incidences du Brexit. Récemment, les loyers des bureaux sont repartis à la hausse dans les quartiers de prédilection de la Tech à Shoreditch ( 5 %), à King’s Cross (6 %) où se trouvent les bureaux de Google et à Southbank ( 8 %). Si fin 2016, les volumes investis avaient chuté suite à l’annonce du référendum, ils sont rapidement repartis à la hausse. Il faut dire que la demande des investisseurs asiatiques, chinois et hongkongais, a été forte, soulignant l’attrait qu’exerce Londres, bien au-delà des investisseurs européens. Reste que, si Londres et Bruxelles ne parviennent pas à s’entendre, le marché pourrait devenir plus volatile au 1er semestre 2019.